LE MONDE D’APRÈS-DEMAIN

2065

Retournons ensemble en 2031. Un grand bureau d’études suédois avait introduit dans l’ordinateur toutes les données mondiales de l’écologie, puis avait lancé le programme d’analyse par Intelligence Artificielle. Les résultats furent disponibles au bout de 2,5 heures :

  • la ville est un milieu totalement inapproprié à la vie.
  • chaque humain a le droit de consommer les ressources dont il a un réel besoin, il a le droit de produire son lot de déchets, de communiquer, de travailler, de se distraire, de se faire soigner… Il a le devoir de participer à la production de biens et à la gestion des nuisances.
  • la densité linéaire admissible de population humaine dans ces conditions est de 40 habitants au km².
  • Il faut construire des modules de 64 km² (2560 habitants)
  • La végétation doit y produire tout l’oxygène nécessaire.
  • La présence d’animaux domestiques doit être sévèrement réglementée.
  • L’espace modulaire doit être câblé : électricité, eau, gaz, déchets, route, containers (*)
  • La généralisation de ce schéma sauve le monde.

(*) Containers ? Les containers, c’est une invention française de la fin du 20ème siècle. Un ingénieur formula le concept de réaliser le long des autoroutes trois tunnels enterrés d’1m50 de diamètre pour le transport de containers. Chaque tunnel comportait trois rails sur lesquels s’articulaient les containers, lesquels prenaient l’électricité entre les rails pour leur propulsion et parfois pour la réfrigération du contenu. Ils comportaient une étiquette électronique avec leur destination, cela positionnait les aiguillages. Ces containers servaient aussi bien pour livrer des matériaux que pour évacuer les déchets vers les centres de traitement. Le troisième tunnel entrait en service durant la réparation de l’un des deux autres. Le transport routier de marchandises deviendrait inutile.

Ce procédé intéressa le ministère des transports et fut réalisé en 2033. Mais l’État n’est pas un champion de la communication, en outre la population n’avait plus aucune confiance depuis des années. Le gouvernement oublia de diffuser une information en amont de la construction. C’est pourquoi le premier programme de travaux sur l’axe Paris Lyon avait été paralysé par des milliers de routiers de toutes nationalités et par toutes sortes de manifestants. L’expérimentation avait été finalement transposée entre Marseille et Lyon.
Le scandale suivant fut la découverte de quatre clandestins morts dans un container arrivé à Lyon. Quelques semaines plus tard, une charge posée par un terroriste faisait exploser un container et détériorait deux tunnels. Ils ne seraient jamais réparés.

Pourtant, des années plus tard, un architecte norvégien réalisa le programme suédois de l’espace modulaire, y compris les tunnels à trois rails avec les containers de l’étude, et même d’autres pour le transport sécurisé des personnes avec confort, éclairage, climatisation.

Chaque module de 64 km² comportait des habitations, des espaces cultivés, des élevages, des maisons de loisirs, d’éducation, des commerces, des jardins, une zone industrielle et des services. Les routes étaient désormais très peu utilisées.

La zone cible commença en Finlande et devait s’étendre à la Norvège puis à la Suède. Les premiers Vingt mille kilomètres carrés furent inaugurés en 2049, en totale conformité avec le modèle. Les media se firent l’écho de l’extrême satisfaction des habitants et des membres des gouvernements. C’était un monde idéal. Enfin !

Dans ces pays froids assez peu peuplés, la réalisation fut au départ conforme à la théorie. Le monde observait l’expérience avec envie. Mais la publication en 2051 d’un audit révéla la présence dans l’espace modulaire de très nombreux sans abris, marginaux, réfugiés, nomades, clandestins. Les media n’en avaient jamais fait état. Une observation plus poussée recensa 20 de ces irréguliers par km², et il en arrivait tous les jours. Certains travaillaient à la place d’un habitant et recevaient de lui une petite somme, un minimum vital.

DÉMOGRAPHIE

Il devint notoire que la démographie mondiale ne correspondait pas à la théorie écologique sortie des ordinateurs. Si toute la terre était modularisée, où mettre les milliards de population excédentaire ?

Voici les chiffres officiels de la démographie :

Année   PRINCIPALES SOURCES :

J.N Biraben. « l’évolution du nombre des hommes ».

Population et sociétés n°394/2003

et ONU   Institut National d’Études Démographiques

http://www.ined.fr/

http://www.ined.fr/publications/pop_et_soc/pes394/394.pdf

http://www.monde-diplomatique.fr/2006/07/ATTANE/13601

http://www.populationdata.net/

http://www.canalacademie.com/La-demographie.html    
 Population
(en millions)
 
-400152
JC250
500205
1000257
1300429
1400374
1500458
1700682
1800968
19001613
19502519
19703697
19804442
19905280
20006086
20106843
20207578
20308199
20408701
20509076
DÉMOGRAPHIE AU FIL DU TEMPS

La surface de la terre hors d’eau (et hors glace) est de 133 620 000 km². Avec nos 40 habitants au km², la limite haute serait de 3,4 milliards d’habitants, soit à peu près notre population de 1970. Au delà il faudrait nécessairement que l’excédent de population soit très pauvre, sans quoi le taux de consommation et de pollution serait destructif pour l’ensemble. C’est Quantité ou Qualité.

Vivre toujours plus nombreux était une bombe à retardement. Davantage de pollution, et toujours cette dramatique proportion : une petite poignée de très riches consommateurs pollueurs pour une immense majorité de pauvres affamés et assoiffés. Au milieu, notre vaste troupeau pollueur de classe moyenne.

Au début du 21ème siècle, une transformation mondiale s’était déroulée sans que les gens s’en  soient vraiment rendu compte. Les pays avaient certes chacun un gouvernement, mais de discrètes organisations sans nationalité se mirent à tirer les ficelles. Il suffisait d’incorporer une partie des gouvernants, voire même de simplement les valoriser, pour s’assurer leur secrète complicité sur le long terme. Les technocrates de niveau européen étaient aussi des cibles choisies, car le flou entre les règles nationales, européennes et mondiales donnait une marge d’action qui permettait de faire passer à peu près n’importe quelle mesure.

La démocratie (corpus de principes philosophiques et politiques suivant lequel un groupe social donné organise son fonctionnement par des règles élaborées, décidées, mises en application et surveillées par l’ensemble des membres de ce groupe) n’existait pas, mais tous les dirigeants affirmaient qu’elle existait, et les gens le croyaient. Les stratégies de base étaient simples. lancer les influenceurs sur les media, casser les références habituelles comme les codes du travail, les bases de rémunération, la garantie de l’emploi, les règles du commerce, le financement des services publics. Utiliser la concurrence mondiale. Cette dernière astuce était machiavélique, car elle s’appuyait sur la bonne conscience des naïfs. Officiellement, les peuples veinards trop riches devaient permettre aux plus pauvres du monde de mieux vivre. Il fallait donc commander les produits là où ils étaient moins chers. Or en réalité, achetés pour rien, ces mêmes produits de consommation étaient vendus au prix fort. Enfin, des associations chargées de casser toute cohésion sociale étaient secrètement payées par un canal anonyme. Tout cela contribua dans les pays riches à augmenter le chômage, à diminuer le niveau de vie de ceux qui avaient encore du travail, à rendre leur vie plus précaire, à obtenir davantage de dépendance et moins de révolte. Dans les pays pauvres, les conditions de travail des adultes et des enfants empirèrent, et le sentiment de révolte gonfla.

Dans ces systèmes, les actionnaires étaient mal vus, car ils s’assuraient des gains. Mais en toute discrétion, le gros des bénéfices cachés allait aux organismes de gouvernance mondiaux (comprenez « sans nationalité ») et à leurs dirigeants.

Ceux qui orchestrèrent ces actions mondiales restèrent dans l’ombre, mais tirèrent tous les bénéfices personnels. Ils pilotèrent continuellement les media de façon à abêtir le peuple et à canaliser les mouvements sociaux vers des leurres. Il est incroyablement facile de nous tromper et de nous conditionner.

Leur principale erreur fut de poursuivre la croissance pour assurer des gains sur le court terme. Or, si la croissance démographique signifiait davantage de profit immédiat pour les acteurs mondiaux, cette bulle entraînait davantage de consommation, d’industrie, de pollution, d’écart dans les niveaux sociaux, de destruction de la Planète.

Ils ne se soucièrent donc pas de la prolifération de pègres incontrôlables. Après tout, cette couche marginale, même si elle ne rapportait rien, ne coûtait pas non plus. Elle se tenait hors des quartiers interdits (élites) et orientait ses nuisances sur les classes moyenne et basse, les plus accessibles. Elle s’était développée progressivement, mais les hauts dirigeants avaient discrètement canalisé ce développement. Les media avaient normalisé cet état de fait. Quand le peuple se focalisait sur la pègre, après tout il oubliait de mettre son nez dans les Affaires.

Maintenant, en 2065, le gouvernement réfléchit aux moyens de traiter cette dérive de la société, de la démographie et de l’économie.

Comment s’est imposé ce régime ? Comment s’est installée cette pègre désormais incontrôlable, étanche à tout dialogue ? Comment faire face à cette situation sans retour ? C’est un lot de problèmes apparemment insurmontable. Le gouvernement et les associations travaillent ensemble pour créer des écoles spécialisées à proximité des « quartiers ». Valoriser certains jeunes de la pègre grâce à des jeux de ballon. Leur créer des chaînes de TV et de musique. Créer de très nombreux emplois à faible qualification, encadrés par des animateurs. Mais ils sont de plus en plus nombreux ! Outre ces mesures immédiates, élaborer un plan d’action sur cinquante ans pour tenter de traiter la démographie mondiale et ses conséquences, car nous sommes près de dix milliards, dont six survivent dans des conditions navrantes.

Nous allons aussi revenir à une économie saine, basée strictement sur la réalité : la balance entre nos besoins humains et nos ressources terrestres.

Quelques rares personnes nous avaient mis en garde : mathématiquement, la décroissance (démographique) est positive car elle signifie le partage des mêmes ressources entre moins de personnes. Au contraire, la croissance est une course en avant sans voir le mur où nous allons nous écraser.

Les personnes qui nous avaient mis en garde avaient réfléchi à tout cela. Leurs avertissements contre ces dangers n’ont pas été entendus. Ils avaient communiqué sur les limites de la croissance, sur la dérive d’une économie artificielle à base d’actionnaires et de PDG, répondant à des règles artificielles décidées dans des structures éloignées de toute réalité existentielle. Ils ont cherché des solutions devant la marginalisation progressive d’une classe pauvre et délaissée, qui n’avait rien à perdre puisqu’elle n’avait rien.

Ils n’ont pas été entendus, et pendant ce temps se tramaient les conditions qui ont abouti à notre tragique situation de 2065.

L’évocation claire des problèmes de la démographie est finalement devenue un sujet mondial mais on réalisa qu’il était trop tard.

Chacun des deux mondes imbriqués menace l’autre.

La pègre des non-civilisés veut détruire ce qu’il reste de la civilisation.

De nombreux clans de civilisés créent des zones de 64 km² défendues par des murs avec des miradors et des vigiles.

Épilogue

Mais non !

2040. Sous la pression des populations, les gouvernements européens avaient sollicité tous les milieux de l’innovation pour modéliser les différents scénarios du futur et pour chercher les pistes d’amélioration.

Un travail en commun s’était organisé. Beaucoup de pays avaient accepté de participer à cette démarche.

L’opinion publique avait alors évolué, les mouvements politiques avaient été obligés de prendre en compte le contexte planétaire et de l’inscrire dans leurs programmes de réflexion. Les Verts et les écologistes en avaient fait leur thème central, abandonnant leurs sujets trop idéologiques.

Les gouvernements eurent le courage de présenter au monde une situation grave et difficile. Il fallait de toute urgence aider les pays surpeuplés à réguler leur population.

Les remarques de lecteurs permettront d’affiner ce texte.

DL

https://www.demographie-responsable.org

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