MES DOUTES

Qui sommes-nous?

D’où venons-nous?

Où allons-nous?

Quel est le but de la vie?

Y a-t-il une vie après la mort?

Ces questions contrastent avec le boulot, les soucis du quotidien, le rythme de la vie civilisée, et surtout avec le grossier bain médiatique qui chloroforme nos esprits.

Les religions apportent des réponses trop dogmatiques sur fond de croyance. Les connaissances scientifiques progressent sans pour autant répondre. Certains bienheureux parmi nos proches n’ont aucune démarche existentielle et mènent leur vie selon des voies tracées par des valeurs exemptes de doute. Ce n’est pas mon cas, et pour une fois je me veux contagieux.

Je souhaite partager avec toi une déstabilisation bénéfique en semant le doute sur notre vision de nous-mêmes. Nous observerons de courtes séquences, vraies ou virtuelles, par lesquelles j’avouerai mes propres doutes. Puis je te demanderai de m’accompagner un instant dans l’exploration d’un chemin délivré de préjugés, de conditionnements, dans l’au-delà du vide (rien que ça).

Premier tableau. Chercher une vérité supérieure ?

Le spermatozoïde est-il un être ? Pas de réponse. Cependant nous savons qu’il est mû par une fonction qui le dépasse. Il met toute son énergie à foncer, le nez dans le guidon, vers une vérité que nous connaissons mais que lui ne peut pas concevoir. Il cherche « quelque chose », sans savoir quoi. Il mourra sans avoir trouvé, sans même la consolation d’une preuve d’existence de cette vérité supérieure, dont la compréhension n’est d’ailleurs pas à sa portée.

Pour un seul parmi des millions, il existera bien une révélation, un aboutissement incroyable, un miracle inespéré, une vérité supérieure.

Et si ?… Pour les humains, qu’en est-il ? Nous sommes plus de huit milliards. Faut-il inexorablement mourir? Ou bien, existerait-il une nouvelle étape en aval, une vérité semblable ?

Existerait-il une nouvelle porte, accessible à un seul sur des millions ? Un seul tous les 1000 ans ?

L’ovule vit aussi dans l’attente d’une mystérieuse transmutation, mais il va presque toujours mourir d’une mort normale dans une incompréhension déçue, comme nous mourrons au terme d’une vie dénuée d’un vrai sens révélateur.
Cette soif non étanchée ne l’aura pas quitté.

Le point commun que je partage avec ces deux entités, spermatozoïde et ovule, c’est la fiévreuse recherche d’on ne sait pas quoi. C’est l’espoir et le doute sur la réalité d’un mystère caché. C’est la traversée de sa vie avec l’arrière-pensée d’une vérité inaccessible, d’un secret qu’on n’a pas trouvé, d’un puits qui attendait vainement au cœur d’un désert…

Deuxième tableau. Les premiers instants de la vie nous orientent.

Huit janvier 1800, dans l’Aveyron. Dans les bois, des chasseurs découvrent un enfant sauvage qui doit avoir 10 ans. Il est nu, voûté, il court très vite. Il ne parle pas, fait des gestes incompréhensibles. L’abbé qui le recueille d’abord tente vainement de lui faire porter une culotte. Cet enfant qu’on a nommé Victor de l’Aveyron sera confié successivement à plusieurs éducateurs, jusqu’à sa mort à 28 ans. Mais il ne sera jamais « normalisé ». Le docteur Itard se demandera s’il n’aurait pas été préférable de le laisser vivre heureux dans la forêt. En 1970, François Truffaut s’inspirera de cette histoire vraie pour réaliser un film, L’Enfant Sauvage. De par le monde, d’autres récits, certains imaginés, d’autres véridiques, décrivent des enfants abandonnés, recueillis par des animaux et adaptés à divers environnements très éloignés de ceux que nous connaissons.

À la naissance il est vital de recevoir de l’affection, du contact et de la nourriture. Mais la forme de vie semble pouvoir varier dans une large mesure insoupçonnée.

Les premières années de la vie offrent une réceptivité à l’apprentissage pratique. Or notre civilisation gère les enfants avec plus de chloroforme que d’éveil et n’enseigne pas assez à l’âge précoce…

Troisième acte. Donner du sens.

1915. Une équipe de scientifiques (en sociologie et sciences humaines) visite une tribu d’aborigènes. Ces petits hommes semblent passifs. L’un d’entre eux, assis, regarde un arbre et lui parle. Il entend l’arbre lui répondre. Cet heureux homme n’a pas d’image personnelle, il n’a pas de «  moi ». Le psychologue l’aborde, le prie de porter un courrier à un confrère qui est dans la tribu voisine, à 16 Km.

L’homme sourit mais on dirait qu’il n’a rien compris. Un sorcier de la tribu intervient : « Tu ne sais pas animer, laisse moi te montrer ». Le sorcier revient avec les attributs du porteur de courrier, ailerons pour les chevilles, cape, bâton fendu pour placer la lettre. Il entame une danse suggestive avec des paroles répétées : c’est toi le porteur de courrier, ta qualité des reconnue de tous, tu es très rapide, prends ce bâton, mets cette cape, anime toi…

L’homme a couru à une vitesse record les 16 kilomètres pour remettre la lettre, il bondissait sur place en attendant la réponse que rédigeait le collègue, enfin il a couru les 16 km inverses sans s’arrêter. Au retour, le sorcier a dû le déprogrammer par un autre rituel. Fiers mais fatigués, la cape et le bâton allaient se reposer.

Quatrième tableau. L’adaptation sensorimotrice. Les enveloppes. 

Voici un conducteur d’automobile. Il est à l’aise sur son siège, les yeux rivés sur la route. Il ne regarde pas ses mains ni ses pieds, dont il oublie l’action réflexe. Il pense seulement : « JE tourne à gauche, JE tourne à droite; J’accélère; …aïe, J’ai l’huile qui s’allume ». Même si cette faculté d’identification à la voiture ne gagne pas 100% d’entre nous, on voit bien qu’elle entraîne un oubli de soi, un positionnement à un autre niveau de conscience.

Dès 2035, la technologie ayant progressé, les constructeurs de véhicules eurent l’idée d’obturer le pare-brise et les vitres, d’agencer un habitacle clos. Dans cette enceinte obscure, on plaça des haut-parleurs, et un écran panoramique de visualisation relié à des caméras extérieures. La concentration du conducteur était ainsi améliorée. Il oubliait encore davantage ses mains, ses pieds, il s’identifiait de mieux en mieux au véhicule.

Plus tard, les écrans furent remplacés par des casques x13 à induction oculaire. Les sondes d’alerte du véhicule furent reliées à des dispositifs fixés sur les bras et les jambes du conducteur. Par exemple, une résistance placée sur le mollet gauche chauffait si la température du moteur s’élevait, provoquant ainsi une sensation proportionnelle allant jusqu’à la douleur. L’enseignement de la conduite débuta dès la petite enfance.

Conjuguées, l’extrême faculté d’adaptation de l’humain et l’évolution technologique dispensèrent le conducteur de sortir. Il perdit la mémoire de ses mains, de ses pieds, de son corps. Il se concentra exclusivement sur ses nouveaux sens : vision, sons, sensations provoquées par les dispositifs d’alerte, par les mouvements d’accélération ou de virage. Il s’identifia définitivement au véhicule et oublia son propre corps. Un humain du siècle précédant aurait été surpris de constater que ce conducteur, dans son fauteuil, se concentrait en disant : « Mais que se passe-t-il donc tout là-bas au loin? » alors qu’il recevait une image juste devant son nez.

Par ce véhicule, l’homonculus humain venait d’ajouter une nouvelle enveloppe à la précédente !

Au siècle dernier, l’homme croyait déjà voir des images au loin, elles étaient en réalité reconstituées dans son cerveau, donc à l’intérieur de lui-même. Il en était de même pour les sons et les sensations.

Après la naissance, quelques années étaient nécessaires pour prendre possession du corps, pour apprendre à voir, à entendre. Pour apprendre à interpréter ce que l’on voit, ce que l’on entend. Bien plus tard, pour devenir conscient que l’on voit, que l’on écoute. Des mois pour apprendre à marcher, puis pour s’accoutumer aux règles d’un jeu complexe, plein d’illusions, élaboré on ne sait comment… En tout cas, toutes les sensations se traduisaient par des messages de perception dans le cerveau. L’humain croyait avoir mal à un pied, mais cette sensation était câblée par des nerfs. Et l’homme de cette époque croyait, sans en avoir jamais eu la preuve, que lui et son corps ne faisaient qu’un.

2040. À la station-service, il recevait avec bonheur le composé énergétique ainsi que les aliments aussitôt traités et injectés par un dispositif intégré. 

À l’heure du repos quotidien, le visuel se déconnectait des caméras extérieures pour diffuser tantôt une étrange séquence, tantôt des images ré-équilibrantes. L’être s’interrogeait rarement sur la provenance de ces représentations mystérieuses sans rapport avec la réalité, finissant souvent dans l’oubli, et toujours suivies d’une perte de conscience de quelques heures…  

 Conditionnements?

Jung a nommé « esprit du temps » l’ensemble des conditionnements collectifs d’une société à une époque considérée. Il n’est pas facile de les discerner lorsqu’on y est plongé. Tentons d’en éclairer quelques-uns.

L’humain possède une extraordinaire faculté d’adaptation dans les premiers mois de la vie, puis les référentiels se fixent progressivement. Quels sont nos conditionnements les plus forts aujourd’hui ? Chaque famille, chaque individu dispense les siens. Cependant on distingue des conditionnements quasi collectifs liés à une époque et à un contexte social.

Un exemple. Quand l’espérance de vie était limitée à 30 ou 40 ans, ce qui fut le cas durant des millénaires (et aujourd’hui encore dans certaines zones), il était normal de se marier à 13 ans. On n’allait pas faire des enfants à 25 ans pour risquer de s’éteindre à 30. On avait déjà un métier, au moins une activité définie au sein de la collectivité.
Depuis seulement quelques décennies dans notre pays, l’espérance de vie a triplé. Mais aux études, l’enfant traîne au ralenti pendant des années sans s’en rendre compte, sans clarté d’esprit sur les programmes parfois inutiles. À 10 ans il pourrait parler couramment quatre langues, jouer de la musique, pratiquer divers métiers d’artisanat, se cultiver tout en s’offrant des loisirs choisis. Or beaucoup de gens sont indignés par les allusions à un démarrage si précoce, car nous ne sommes plus conscients du décalage qui affecte nos sociétés dites civilisées.

L’humain de notre époque reçoit une forte dose de communication audiovisuelle parasite : réclames, commentaires vulgaires de ballons et de pseudo politique (point commun: GAGNER), carence de signaux liés aux Valeurs, à la Culture. Ces stimuli tendent à dissoudre l’esprit critique. La révolte que devraient induire ces agressions est neutralisée par la répétition. Peu d’entre nous parviennent à comprendre les stratégies, orchestrées ou pas, auxquelles est soumise la masse.

Ainsi tirés vers le bas, comment sortir un instant de cette myopie imposée ? Comment imaginer une autre forme de vie? Les limites de notre champ de perception sont les horizons d’un océan d’interrogation. Que sommes-nous? À quelle intention ou à quel hasard répondons-nous?

Doutes.

Qu’est donc ce que chacun d’entre nous appelle MOI ? Nous croyons souvent que notre moi est permanent, est-ce une illusion? Le JE de ce jour est-il le JE d’il y a 10 ans? L’esprit n’est-il pas en ébullition et sa forme ne change-t-elle pas sans cesse, d’une fraction de seconde à l’autre?
La flamme d’une bougie présente une forme stable qu’on peut photographier ou dessiner ; mais nous savons que cette forme est la manifestation d’une combustion en transformation permanente. Petit exercice de réincarnation : « la flamme de cette bougie a-t-elle, dans le passé, appartenu à une autre bougie ? » Cette question semble stupide si nous avons observé la combustion. Pourtant les expériences de sortie du corps relatées par des personnes après un état de presque mort sont troublantes et ravivent le doute.

Ainsi, « JE » n’est pas sûr de MOI, moi sans cesse en proie à une combustion. MOI façonné par notre forme actuelle de civilisation, mais qui aurait pu être homme primitif, ou enfant-loup, ou soldat ou paysan, ou dénué de véhicule-corps, ou qui aurait pu ne pas être, ou pire, MOI qui aurait risqué d’être un autre que MOI !?

Acteurs, nous ne savons pas qui a écrit la pièce. Nous n’avons pas les règles du jeu. L’éducation que chacun a reçue se transforme au fil des générations. En passant du naturel à la civilisation urbaine, nous avons largement franchi le juste milieu de l’adaptation et nous sommes souvent au bord de la névrose d’adaptation. Mais il faut souvent ramer dans des activités dépourvues de sens.

Attention, je ne parle ni pour toi qui lis ces lignes, ni pour moi-même, les deux exceptions. Je parle pour tous les autres.

Nous sommes tellement impliqués dans le quotidien que nous ne mettons pas en doute le spectacle qui nous est présenté. Nous sommes crédules. Nous sommes croyants. Cette myopie intellectuelle, les algorithmes à la loupe, le boulot, les projets, l’intendance, la télévision, la politique, le percepteur, la publicité, le foot, l’image qu’on se fait du monde, tout cela emplit l’espace et le temps si bien que les folles questions existentielles n’ont ni place ni réponse.

Lorsque je ne sais pas ce qu’est MOI, ni si la réalité existe ou si elle ne serait pas une étincelle de rêve, je ressens un trouble, une angoisse existentielle, le vertige du doute le plus profond, aux rives d’une folie aux antipodes de la démence de civilisation.

Changement de perspective… l’amour

Puis survient un équilibre (instable) en acceptant le doute, en permettant de formuler des questions sans besoin d’y répondre, en donnant du sens, en acceptant une dimension surnaturelle.

Dans tes yeux se manifeste l’infini. Poussières d’étoiles, nous sommes des êtres de toute l’échelle des temps qui partageons le mystère d’une vérité ressentie, inaccessible car en deçà du verbe. Dans cette unité plurielle magique, le regard donne et reçoit l’amour dans la vision de chaque autre, car l’amour est le secret de toute vie. Nous sommes explorateurs sortis de tous les schémas, nous sommes des aventuriers de l’universel, des visiteurs de l’inconnu, des maillons élémentaires du vivant.

Qui sommes-nous?   D’où venons-nous?   Où allons-nous?   Quel est le but de la vie?   Y a-t-il une vie après la mort?  

« Celui qui parle ne sait pas, celui qui sait ne parle pas ». Pourquoi ?

Parce que ces questions intellectuelles sont un leurre. La Vérité est non verbale. L’Amour est le mystère.

Alors, mes questions intellectuelles n’ont plus de sens.

DL

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